Clarifier ses valeurs : la boussole des choix de vie

Accepter ce poste ou rester ? Déménager ? S'engager davantage, ou moins ? Dire oui à ce projet ? Face aux choix qui comptent, vous dressez peut-être des listes de pour et de contre — et vous constatez qu'elles ne tranchent jamais rien : chaque colonne se remplit, et vous voilà aussi indécis·e qu'avant, mais avec un tableau. C'est normal : les listes comparent des options, elles ne disent pas ce qui compte. Or c'est exactement la question que les choix difficiles posent — et c'est celle à laquelle répondent vos valeurs. Encore faut-il les connaître. Cet article vous propose trois exercices, issus de l'approche ACT, pour les clarifier vraiment.

Ce qu'est une valeur (et ce que ça n'est pas)

Dans l'approche d'acceptation et d'engagement (ACT), les valeurs ont une définition précise, et chaque mot compte. Une valeur est une direction choisie, pas une destination : « être un parent présent » ne s'atteint jamais une fois pour toutes — on marche dans cette direction, chaque semaine, imparfaitement. C'est ce qui distingue les valeurs des objectifs : un objectif se coche (courir un semi-marathon), une valeur s'incarne sans fin (prendre soin de son corps). Les objectifs servent les valeurs ; ils ne les remplacent pas — et c'est pour cela qu'atteindre un objectif déconnecté de vos valeurs laisse ce goût de « tout ça pour ça ».

Deux précisions encore. Une valeur est à vous : « réussir » hérité de papa, « être serviable » installé par l'éducation ne sont des valeurs que si, réexaminés à l'âge adulte, vous les choisiriez encore — sinon ce sont des consignes. Et une valeur n'est pas un critère moral universel : il ne s'agit pas d'être quelqu'un de bien selon un barème, mais de savoir ce qui donne, à VOTRE vie, sa couleur et son sens. C'est précisément pour cela qu'elles tranchent ce que les listes ne tranchent pas : elles sont votre axe, pas une comparaison.

Outil n°1 : le regard depuis les 80 ans

Le quotidien est un très mauvais point de vue pour apercevoir ses valeurs : l'urgent y écrase l'important. Ce premier exercice, classique de l'ACT, change radicalement de perspective.

L'exercice : la fête d'anniversaire

Installez-vous tranquillement et imaginez la scène : vos 80 ans, une fête en votre honneur, et trois personnes qui se lèvent pour parler de vous — quelqu'un de votre famille, un·e ami·e de longue date, une personne ayant croisé votre route professionnelle ou créative. Écrivez ce que vous aimeriez qu'elles disent. Pas ce qu'elles diraient aujourd'hui — ce que, au fond, vous voudriez avoir incarné. Puis relisez : les mots qui reviennent (présence, courage, douceur, création, transmission, loyauté, liberté...) sont vos valeurs, exprimées par la seule instance qui ne triche pas — la personne que vous voulez avoir été. L'exercice remue souvent ; c'est le signe qu'il touche juste.

Outil n°2 : le tri par sacrifices

Deuxième exercice, complémentaire : le tri. Car le piège des valeurs, c'est d'en vouloir douze — et douze priorités, c'est zéro priorité.

L'exercice : de dix à trois

Écrivez librement une dizaine de valeurs candidates (aidez-vous de l'exercice précédent ; des listes existent aussi : authenticité, aventure, sécurité, créativité, famille, justice, apprentissage, santé, contribution, indépendance...). Puis triez par éliminations successives : rayez-en deux — pas les moins « bien », les moins vôtres. Puis encore deux. Continuez jusqu'à trois. Les derniers retraits font mal — c'est le cœur de l'exercice : une valeur se révèle à ce qu'on refuse de sacrifier. Vos trois finalistes ne sont pas « toute votre vie » : elles sont votre boussole de saison, celle qui devra trancher les prochains choix. (Refaites le tri dans un an — les priorités bougent avec les saisons de la vie, et c'est sain.)

Outil n°3 : l'audit de cohérence

Troisième exercice, le plus dérangeant et le plus utile : confronter la boussole à la réalité. Car connaître ses valeurs ne suffit pas — la souffrance sourde que beaucoup appellent « perte de sens » est très exactement un écart : celui entre ce qui compte pour soi et ce à quoi passent réellement les journées.

L'exercice : la semaine sous les yeux de la boussole

Prenez votre semaine passée — l'agenda réel, pas l'idéal — et regardez-la avec vos trois valeurs en main. Où chacune a-t-elle reçu du temps, de l'énergie, des décisions ? Notez, pour chaque valeur, un simple constat : nourrie, affamée, ou trahie cette semaine. Puis, pour LA plus affamée, décidez un seul geste de réalignement pour la semaine qui vient — petit, concret, daté : un appel, une heure protégée, un non quelque part, une pratique reprise. L'alignement ne se refait pas en un grand soir ; il se refait geste par geste. Et pour vos prochains choix difficiles, vous avez désormais la vraie question — non plus « quels sont les pour et les contre ? », mais « quelle option nourrit ce qui compte, quelle option l'affame ? ». Les listes comparent ; la boussole oriente.

Quand la boussole reste introuvable

Un mot d'honnêteté pour finir. Si ces exercices vous laissent face à du vide — aucune valeur qui émerge, ou seulement des « il faudrait » qui sonnent creux —, ce n'est pas que vous n'avez pas de valeurs : c'est souvent qu'elles sont enfouies sous des années de consignes, d'adaptation aux attentes des autres, ou d'un épuisement qui a tout éteint. Cela arrive notamment aux grandes périodes de transition — séparation, reconversion, après-burn-out — quand les anciennes boussoles sont tombées et que les nouvelles n'existent pas encore. C'est précisément un travail que la thérapie accompagne bien : non pas vous donner des valeurs, mais dégager les vôtres de ce qui les recouvre.

Continuer à votre rythme

Si clarifier ce qui compte — et faire taire les boucles qui occupent tout l'espace où la boussole devrait parler — est votre chantier du moment, le programme signature Naïkarysma, Nouvelle Ère, devrait vous parler : un chemin complet de transformation de la relation à soi — pensées envahissantes et ruminations, auto-sabotage, limites, relations, estime de soi — pour passer de ce que l'on subit à la capacité de prendre du recul et d'agir dans son sens, à votre rythme, sans pression de date.

Pour être prévenu·e de son ouverture, recevoir d'ici là des ressources douces — et me souffler les sujets qui vous aideraient le plus —, vous pouvez vous inscrire ici :

Et si vous traversez une période où les boussoles sont tombées, je propose des séances individuelles en visioconférence : toutes les informations sont sur parnotpsy.com. D'ici là, commencez par la fête des 80 ans : ce que vous voudriez y entendre est déjà en vous. Il ne reste qu'à l'écrire — puis à marcher dans sa direction.

Cet article a une visée psychoéducative : il ne remplace pas un avis médical ni un suivi psychologique. Laetitia Pirrello-Parnot, psychologue clinicienne, approche intégrative.